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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 18:27

Mémories of murder (2003) de Joon-ho BONG : réalisateur de The Host et Mother, son deuxième film est inspiré de l'histoire vraie d'un des premiers tueurs en série connu en Corée du Sud : il court toujours. C'est typique de ce cinéma coréen : à la fois critique sociale et politique, humain, comique, tout en étant un film de genre d'une grande complexité. J'adore!

Le mystérieux docteur Korvo (1949) d'Otto PREMINGER : dans la lignée des nombreux films d'après-guerre dont le scénario est teinté de psychologie freudienne, ce film est secondaire dans la carrière de PREMINGER. Pour la beauté et le jeu de Gene TIERNEY.

Shotgun stories (2007) de Jeff NICHOLS : thriller atypique baigné de tragédie antique. Un regard décalé sur le mythe de la vengeance et le Texas. Par le réalisateur de Take shelter et Mud.

 All or nothing (2002) de Mike LEIGH : par le réalisateur entre autres de Deux filles aujourd'hui et Another year, la chronique familiale d'une famille précaire de l'Angleterre contemporaine dont un évènement va bouleverser leur quotidien. Tout simplement tendre et juste. Magnifique.

Darkman (1990) de Sam RAIMI : réalisé après Evil dead II, il s'est fait plaisir en créant son personnage digne de ceux créés par Marvel comics. Une joyeuse récréation.

L'enfer des zombies (1979) de Lucio FULCI : film culte, il fait partie des meilleurs films de ce réalisateur et quand on y regarde bien, influencera d'autres générations après-lui. Pour les amateurs.

Démons (1985) de Lamberto BAVA : c'est le premier film d'horreur que j'ai vu de ma vie. Il m'a marqué et je voulais le revoir depuis longtemps. Malgré les défauts attachés à ce genre, il réserve encore de belles frayeurs et moments gores. Pour les amateurs.

Judex (1963) de Georges FRANJU : hommage poétique et fantastique au cinéma de FEUILLADE.

Adieu Gary (2008) de Nassim AMAOUCHE : une belle chronique sociale sur la difficulté de renaître dans une ville victime de la désindustrialisation et des délocalisations.

We need to talk about Kevin (sept. 2011) de Lynne RAMSAY : une mère dont son fils a massacré sa famille tente de comprendre les raisons et de refaire sa vie. Sans concession ni pathos ni manichéisme. Troublant.

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:51

À l'origine destiné à être un essai sur Janusz KORCZACK, le directeur de l'orphelinat du ghetto de Varsovie, les aléas de la création ont fait qu'un autre personnage s'est imposé : le grand-père, nommé Triple B, "remplaçant" du grand-père naturel décédé à Auschwitz en 1942. C'est donc un portrait touchant, mais également l'occasion de partage sur la création littéraire et de magnifiques écrits sur la condition humaine, notamment face à la mort dont voici un extrait :

Il ne s'agit ni d'un mensonge ni d'une duperie. Il n'y a rien de superficiel dans ces apparences. Nous aimons tous penser que nous ne mourrons jamais. Même en temps de paix, nous tentons, par mille réconforts, d'oublier l'issue fatale. Chaque jour nous rééditons l'exploit d'une imbécilité heureuse qui consiste à nous croire éternels. La pensée de notre fin est comme nimbée d'une brume, elle se soustrait à nos yeux, glisse, nous échappe ; et nous gagnons de l'argent, et nous faisons le ménage, et nous cultivons le corps et l'esprit, comme si le progrès constant pouvait nous sauver de la destruction.

Dans le ghetto, la mort est rapide, certaine, voyante. Parce qu'il n'y a pas de cimetière, les cadavres gisent à ciel ouvert plusieurs jours, plusieurs semaines, dans l'attente d'être embarqués sur des charettes à destination d'un charnier. Il est plus difficile que jamais de détourner le regard, de faire comme si.

Janusz Korczak écrit de belles pages sur un bébé mort enveloppé dans du papier. Le paquet est posé sur le trottoir, Korczak l'observe longuement et se demande pourquoi la mère a laissé dépasser les pieds du nourrisson. Il y avait vraisemblablement assez de feuilles pour emballer efficacement le petit corps. Korczak en conclut que cette imperfection est délibérée. La mère a choisi de laisser dépasser les pieds de son bébé, non seulement parce qu'il n'aura plus jamais froid, mais surtout, parce que cela permet aux passants de savoir que ce ballot n'est pas un déchet, un vulgaire tas d'ordures que l'on peut piétiner ou fouiller à la recherche d'un croûton oublié. Ceci est un humain, disent les minusculent orteils. et Korczak voit dans cette ultime attention de la mère pour son enfant, un concentré de respect et de tendresse.

Il sait que ce qui compte dns les pires moments ne se réduit pas à ce que l'on considère communément comme le nécessaire. Quand il n'y a plus à boire ni à manger, quand on ne dort plus, que le jour se fond dans la nuit, il reste encore les histoires, les cérémonies, les spectacles, toutes les choses que beaucoup ont tendance à considérer comme futiles et qui signent pourtant l'appartenance à l'humanité aussi clairement que les dix doigts de pied du bébé de papier.

[...

Dans le récit qu'il nous livre de ses années dans le ghetto de Varsovie, le pianiste et compositeur Wladyslaw Szpilman raconte le départ de Korczak en déportation. C'est l'été 42, les Allemands vident l'étroit quartier où ils ont enfermé les juifs de la ville. Quatre à six mille personnes sont évacuées chaque jour à destination des camps de la morts. Le 06 Août, c'est le tour de "la maison des orphelins". On propose à Korczak de s'enfuir, mais il choisit de demeurer aux côtés de la centaine d'enfants qui lui restent et de la dizaine d'adultes qui s'en occupent. Il sait ce qui les attend, les enfants aussi le savent, à leur manière. Mais jusqu'au bout, ils chantent. Jusqu'à l'entrée des wagons plombés, on leur raconte des histoires ; à l'intérieur aussi, qui sait ?

On leur raconte des histoires, dis-je, et il est facheux qu'en français cette expression signifie parfois "mentir". Il ne s'agit pas de faire croire aux orphelins qu'ils sont en route pour un pays merveilleux où les bonbons poussent sur les branches d'arbres. Ils ne seraient pas dupes et Korcsak le sait mieux que quiconque. On raconte des histoires et on chante parce que, même parqués comme des bestiaux, et jusq'au seuil de l'abattoir, on demeure des humains. c'est une forme de résistance inefficace et sublime, qui ne permet pas de sauver sa peau, mais aide, une fois de plus, à sauvegarder les apparences. Les nazis nous traitent de cancrelats, ils nous voient comme des monstres infestés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés, qu'il convient de détruire afin qu'ils ne contaminent pas les récoltes saines, et nous chantons, et nous disons des vers, nous récitons La Divine Comédie, des fables et des comptines. Cela ne set à rien, car on meurt toujours. Mais l'image reste. L'image d'un convoi d'enfants qui chantent en allant vers la mort et disent "en nous exterminant, c'est vous même que vous tuez" (p70 à 73).

 

Avis de Le Monde des livres et site de l'auteure.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 07:45

Nous avons décidé de bouger une pièce, de jeter une pierre dans l'étang pour voir si elle faisait des vagues. Et quand elle les a faites, nous avons parlé avec beaucoup de sincérité au peuple : nous pouvons gagner le gouvernement, mais cela ne signifie absolument pas que nous aurons gagné le pouvoir. Le vrai travail commencera le lendemain. Et dans cette phrase, ce qui comptera sera le courage du peuple. Il n'y a pas de solution en dehors des gens. Le peuple seul sauve le peuple : cela n'a jamais été aussi vrai qu'aujourd'hui. Nous sommes confrontés à un changement de civilisation et les défis qui se présentent à nous ne vont pas pouvoir être relevés si le peuple ne les comprend pas : la lutte contre le IV Reich financier, le pari sur la décroissance et l'épargne énergétique, la répartition de l'emploi, un revenu citoyen de base, un nouveau contrat où les femmes cessent d'assurer le travail d'entretien gratuitement, l'intégration des immigrants, une nouvelle géopolitique qui ne soit régie ni par le néo-colonialisme ni par le néo-impérialisme et la guerre. Et nous ne voulons pas comprendre autre chose que ce dont nous avons débattu, nous voulons seulement faire nôtre ce à quoi nous avons participé.

Participer, c'est travailler plus. Nous devons dégager du temps pour récupérer ce que nous n'aurions jamais dû déléguer. Nous avons construit un récit qui disait, avec beaucoup d'humilité, qu'un oiseau ouvre toujours la route pendant la migration, mais que cette avant-garde change. Notre prochaine tâche sera d'être à l'arrière-garde. L'époque des carrières politiques de trente ans est terminée. Les entreprises et les partis ont infiltré l'Etat, pas les gens. Il est temps de réinventer l'Etat pour qu'il cesse d'être une vaste machine à obéir et devienne un instrument de la citoyenneté au service de l'intérêt collectif.

Dans les eaux stagnantes, les ondes d'une pierre jetée au centre atteignent les rives avec la puissance de l'effet de surprise. Là où sont les gens.

Nous avons jeté une pierre dans l'étang. Et les vagues ont rencontré un peuple éveillé (p. 18-19).

FIN DU TEXTE.

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 07:44

Nous n'avons pas méprisé les espaces où nous pouvions être écoutés. Mieux encore, nous avons inventé ces espaces. Nous avons commencé dans un garage à Madrid, dans les locaux d'une télévision communautaire. Mais en même temps, nous avons enmmené ces réunions politiques informelles dans l'immense assemblée d'Internet. De là, nous avons pu gagner les grands médias. Il y avait une nécessité de dire les choses de manière différente et les nécessités de l'audience se sont mises au service du nouveau message. L'appréhension face à la télévision est bien normale. Mais si hier on se retirait à la montagne, aujourd'hui l'émancipation s'ouvre dans les médias. Les épés des samouraïs n'ont pa pu faire grand chose contre les canons américains.

Pendant ce temps, nous parcourions le pays en présentant des livres, en donnant des conférences, en organisant des cercles (espaces où le débat et l'élargissement à la société devaient primer sur les querelles familiales). Un, dix, cent Vietnam se convertissaient en "un, dix, cent arguments". C'était la phase destituante, la dénonciation de tous les pots cassés du système, la réunion de toutes les demandes dans une même boutique. Cette boutique devait à la fois être un bien nouveau et utiliser des briques du passé. Les parcours personnels ont toujours empêché l'émergence du nouveau. Ni les enfants ni les hommes politiques ne veulent d'un conte qui serait raconté d'une autre manière. Les enfants par besoin de certitudes; les hommes politiques pour maintenir leurs privilèges.

Construire un récit, c'était le premier des enjeux qui a pris forme peu à peu pendant que nous étions au combat : appeler les choses par leur nom, dire voleur au voleur et corrompu au corrompu, signaler les coupables dans les lieux où ils jouissent de leur bien être, refuser aux hommes politiques de mettre une clôture autour de la politique, cesser de déléguer les affires collectives, comprendre, tout compte fait, que la seule façon de s'aider soi-même est que la collectivité s'aide elle-même, et comprendre que cette aide collective se nomme politique (p.17-18).

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 07:39

Après un siècle plein d'étiquettes, nous proposons de congédier les vieilles idéologies. Pendant que nous élaborons les nouvelles, faisons comme si nous n'en avions pas besoin pour nous organiser. Et peu importe l'idéologie avec laquelle nous avons vécu ensemble si, dans ta relation avec les autres, tu es plus généreux que tu l'imaginais ou que tu ne le dis, si tu n'es pas disposé non plus à survivre sur le dos des autres, si tu comprends que le système ne va pas questionner tes idées, quelles qu'elles soient, ni regarder la couleur de ta peau ou ton lieu de naissance quand il t'enlève ton logement, quand il t'expulse de ton travail et quand il limite de plus en plus le domaine de décision de la démocratie.
Et là, dans cet espace, nous nous sommes trouvés plus nombreux que nous avions jamais été. Dans la transversalité. Dans la centralité. Non pas dans un centre qui serait le lieu d'un non-conflit, mais dans la centralité née du conflit, celui généré par cette majorité qui a perdu ses droits et veut transformer son indignation sociale en capacité politique. Nous avons baissé chacun notre drapeau pour que les drapeaux des autres soient visibles. Et à force de partager des drapeaux, nous avons fini par nous rendre compte que les personnes sont plus importantes que n'importe quelle enseigne.
Plein de courage, nous avons dit à l'Europe qu'elle était en train de se trahir elle-même, comme nos pays étaient en train de vendre leur citoyenneté sur un souk où l'on négocie avec les personnes comme un marchand négocie avec du bétail. La perte de droits a précipité les Européens au bas de l'échelle sociale et ils se sont retrouvés avec les invisibles qu'ils ne distinguaient pas hier. Ainsi, avec les nouvelles conditions et dans les rues, sur les places, la rencontre a eu lieu entre travailleurs urbains, classes moyennes appauvries, étudiants sans avenir, personnes scandalisées par la corruption, retraités ruinés par les affaires frauduleuses des banques, personnes agées qui doivent prendre en charge enfants ou petits-enfants, écologistes désespérés par la menace de mort qui pèse sur la planète, immigrants stigmatisés, pacifistes conscients du chaos dans lequel le monde est jeté, femmes soumises à la féminisation de la pauvreté, lutteurs de toutes les vieilles batailles, jeunes qui ont commencé à soupçonner qu'on les trompait...tous ensemble ont commencé à construire un nouveau réçit (p. 16-17).
Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 11:25

Nous avons compris que nous ne pouvions pas continuer de parler d'idéologie si cela avait pour seule conséquence de nous fragmenter. Pour sortir de ce piège, nous avons proposé un pacte : nous allons parler de ce que nous partageons, nous allons mettre un visage sur ceux qui paient le prix d'une crise que en vérité est une escroquerie. Nous allons aussi regarder dans les yeux les 1% de personnes qui accumulent les biens de 99%.  Nous allons tracer de nos mains un éclair qui montre qui sont ceux d'en bas et ceux d'en haut. Nous allons parler de l'épuisement d'un modèle qui épuise les peuples les plus faibles, qui dévore la nature, condamne les générations futures et, sans beaucoup s'interroger, malaxe les perdants dans son moulin diabolique.  Nous allons proclamer et assurer que ça nous est égal : ce que tu as voté hier, ça nous est égal; ça nous est égale de savoir avec quelle idéologie tu ordonnes le monde, ça nous est égal comment tu lis, et avec quels mots, quelle image te renvoie le miroir; ça nous est égal de savoir comment tu lis le passé et aussi si, maintenant, tu ne veux pas affronter les raisons pour lesquelles tu as rejoint la majorité silencieuse. Aujourd'hui, tout cela nous importe moins que de savoir si, au-delà de ton histoire, tu es d'accord avec le fait que personne ne doit être explusé de sa maison parce qu'il ne peut pas payer le loyer ou l'hypothèque; personne ne doit se coucher tôt pour fuir le froid seulement parce qu'il ne peut pas payer le chauffage de son logement; si tu es d'accord avec le fait qu'une société où les enfants sont pauvres et ont faim est une société brisée qu'il faut réinventer; si tu es d'accord sur le fait que nous devons obtenir que les biens communs soient répartis de manière commune, que les femmes continuent de prendre en charge des responsabilités multiples qui sont en vérité de la responsabilité de tous et qu'elles perdent leur vie pour en offrir aux autres une plus digne;  que les corrompus doivent payer pour leurs mensonges et que les riches doivent payer des impôts parce que la richesse est une construction sociale où nous sommes tous nécessaires; que nous avons tous des obligations et des droits dans nos communautés et que nous tous qui vivons ensemble et ensemble existons, d'où que nous venions, nous sommes la matière première de nos rêves et de nos espérances (p. 15-16).

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 11:10

Nous avons demandé aus soldats du Blitzkrieg des finances pourquoi ils nous traitaient de nouveau comme des marchandises. Nous avons demandé à l'Europe fatiguée, qui venait tout juste de réussir, dans la douleur, à freiner la cupidité de l'économie de marché, pourquoi elle revenait sur ses pas en associant dignité aux conditions de rentabilité. Nous avons demandé aux soldats de fortune des grandes entreprises pourquoi ils voulaient faire des affaires avec le bien commun en massacrant la possibilité d'une vie digne, et nous avons commencé à leur poser la question lorsqu'ils nous ont dit que le passé ne comptait plus et que le nouveau contrat social devait substituer la charité à ce qu'hier nous vivions comme un droit citoyen.

Nous avons demandé à nos Constitutions pourquoi les droits sociaux étaient une volonté brandie seulement pendant les périodes électorales et pourquoi on s'appelle démocratie alors que les dirigeants ne soumettent jamais à nos critères les propositions qui reviennent à mettre les saisies sur nos pays. Nous avons demandé aux juges pourquoi ils ont répandu le sentiment qu'il y a une justice pour le pauvre et une autre pour ceux que l'on baptise ennemis, pourquoi les uns mettent le droit à leur service et nient tout droit à d'autres.

En demandant cela, nous ne faisions de mal à personne. Même si ces questions ne sont que simple rhétorique parce qu'elles réveillent les endormis. Et voilà que nous continuions de demander. Et le nouveau récit prenait peu à peu forme.

Nous avons questionné les usines, les bureaux, les ateliers, les magasins, les rédactions des journaux et les magasins, les ports et les mines, les hôpitaux et les tavernes, les taxis, les camions, les trains, les hôtels, les graines et les oliviers, les bateaux et les avions, les écoles, les stades et les terrains, les guitares et les pianos, les livres et les blogs, et tous nous ont dit : si nous fonctionnons, c'est seulement parce qu'il y a des gens qui donnent leurs forces et si ces gens n'allaient pas à leur travail demain, le temps s'arrêterait. Ces travailleurs, qui continuent d'exister, encore plus exploités qu'il y a cinquante ans. Ne serait-il pas possible de cesser de vouloir représenter ce qui déjà ne peut plus être représenté ? N'avons-nous pas besoin de dire les choses différennent pour pouvoir les faire différemment ? (p. 13-14).

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 11:31

Leurs attaques ont commencé à se retourner contre eux quand le peuple a compris qu'ils étaient en train de piller le pays, qu'ils utilisaient l'Etat pour leur propre profit, que leur patrie était là où sont leurs comptes en banque, et qu'ils constituent une caste dans laquelle, même si leur combat est truqué, ils ont plus besoin les uns des autres que nous n'avons besoin d'eux. Nous avons commencé à penser que nous n'avions pas besoin d'hommes politiques qui ne nous représentent pas, et le sol a commencé à bouger sous leurs pieds. Alors, nous avons su que, sous les pavés, il n'y a pas la plage, mais il n'y a pas non plus l'enfer.

Et parce que nous sommes ceux qui payent le prix des réponses, nous avons décidé de devenir aussi mes maîtres des questions. Et les questions, lancées en choeur par un peuple indigné, se sont heurtées aus murs de la forteresse bureaucratique. Alors les fissures ont commencé à dessiner la tendance là où, à peine quelques mois auparavant, il n'existait encore qu'un mur imperméable qui défendait des privilèges et alimentaient des peurs. Nous avons demandé à la politique pourquoi elle s'habillait de représentation et se nommait démocratie représentative si elle ne nous représentait pas; nous avons demandé à la vieille Assemblée pourquoi elle se disait Parlement, si dans ce lieu personne ne parlementait. Pourquoi y avait-il des gens que personne n'avait élu mais qui commandaient plus que les autres ? Pourquoi décidions-nous seulement une fois tous les quatre ans, alors que les puissants votent tous les jours ? Nous avons demandé pourquoi le Parlement s'arrogeait le siège de la souveraineté populaire quad la corporation assise dans ses fauteuils pouvait en toute impunité faillir à ses promesses électorales. Et nous avons aussi demandé où était l'origine révolutionnaire des parlements, ce qu'il en restait, quand aujourd'hui les élus préfèrent répondre à ceux qui garantissent leur place sur les listes électorales plutôt qu'auprès du peuple qui les élit. (p. 12-13)

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 09:15

Ils nous ont dit que nos emplois avaient été détruits, mais sans nous expliquer que si tout cela est arrivé, c'était à cause de leur cupidité. Ils nous ont jetés à la rue de manière brutale. Ils ont beaucoup tiré sur la corde. Mais nous n'avions pas encore de récit capable de rendre compte de ce qui se passait. Quand ils te jettent à la rue, le mieux que tu puisses faire, c'est de t'approprier la rue. Mais aussi les places. Nous avons multiplié ces lieux. Les hommes gris, vêtus de noir, nous ont dit alors : " Qu'est ce que vous faites dans la rue ? Qu'est ce que vous cherchez sur les places ? Faites de la politique comme nous en faisons et arrêtez de glander et de vivre du vent !" Alors, nous avons décidé de faire de la politique, mais pas comme eux. Nous avons changé les règles. Parce que leurs contes à eux finissent toujours mal. Il y a trop de princes et de princesses et pas assez de vaillants petits tailleurs. Désormais, les gens allaient prendre leurs décisions et écrire leur propre histoire.

Et parce que nous avons confiance dans les gens, une confiance a commencé à prendre corps autour d'un nouveau récit. La peur a changé de camp, le mauvais gouvernement a pris peur, et les accusations sont tombées. "D'abord ils t'ignorent, ensuite ils se moquent de toi, après ils te combattent. Alors là, tu gagnes parce que tu es convaincu de la force de la vérité, de la vérité de ta lutte." Gandhi est toujours de notre côté. Du côté de ceux qui survivent avec 400 euros par mois. Du côté de ceux qui entrent avec honte dans les bureaux de l'Etat. Du côté de ceux qui ressentent avec colère les mensonges des puissants, lesquels affirment que le pire est passé. Du côté de ceux qui perdent leur logement et leurs économies. Du côté de ceux qui sont au chômage ou avec un travail-poubelle. De ceux qui sacrifient leur vie pour prendre soin de celle des autres. De ceux qui doivent partir de leur pays et ceux qui, ayant à peine de quoi survivre, partagent avec ceux qui ont encore moins qu'eux. (p. 11-12)

Extrait de PODEMOS Sûr que nous pouvons! par C. BESCANSA, I. ERREJON, P. IGLESIAS et J.C. MONEDERO sous la direction d'A. DOMINGUEZ et L. GIMENEZ (trad. M. SICARD) Indigène éditions 10 euros

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 19:54

Un village, comme tant d'autres en France. Une maison pauvre où vivent une mère et sa fille. Deux êtres fragiles et simples qui vivent en symbioses dans leur caverne. Le quotidien rythme leur vie mais voilà que l'école de la République va briser ce lien d'amour. La petite va devoir affronter le monde extérieur. Les camarades mais aussi et surtout cette autre femme, l'institurice, qui fait l'impossible pour qu'elle pose des lettres sur son nom et les choses. Le choc d'apprendre est trop fort et elle en tombe malade. Sa mère, de colère et par instinct maternel, se dresse contre l'institutrice et Luce ne retourne plus à l'école.  Constatant son échec, l'nstitutrice tombe en dépression. 

Ensuite l'histoire devient à mon goût un peu "to much" dans la dramatisation ce qui à mon sens alourdit le propos. Mais néanmoins, l'écriture, toute en petite touche, permet de rendre sensible le monde tel que l'héroïne le perçoit. Un attachement au petit rien riche de découverte, de sensation, de curiosité, d'inconnu mais aussi d'assurance, de chaleur, de bonheur. Prendre le temps de vivre, d'apprendre,  à son rythme, d'évoluer malgré tout et de se diriger pas à pas vers la découverte d'un autre monde.

Un avis et deux entretiens de l'auteure sur Carnet littéraire et le site du CNDP.

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