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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 20:03

[...] J'en appellerai à cette culture universelle, qui a toujours ignoré le particularisme des patries et qui sépare le destin de l'esprit contenu dans telle ou telle culture du destin de l'homme sur lequel telle ou telle culture a sévi.

La poésie qui échappe à la culture, et dont les manifestations demeurent sauves, au sein de n'importe quelle absence de liberté, est une notion dont notre époque en pleine déroute spirituelle a depuis longtemps perdu la clef. Et il me paraît important de ne jamais parler de l'esprit que je considère comme absolument étranger aux systématisations de la culture, sans lui adjoindre cette notion de l'énergie poétique pure qui est devenue la flamme même de l'esprit.

La question de la culture pose en effet pour moi, elle réveille le vieil antagonisme esprit matière, elle me permet de tenter une définition de l'esprit qui échappe aux formes, elle me permet d'opposer au matérialisme passager, à ce hideux emprisonnement de la poésie par le langage, la notion d'un quelque chose qui dure, la conservation d'une qualité subtile, dont la durée est capable d'alimenter cent cultures, de survivre à la combustion de cent bûchers.

 

Projet de lettre - Au congrès international des écrivains pour la défense de la culture - Fin juin 1935

Extrait de Antonin Artaud - Oeuvres - 2004 - Pages 499 - Editions Quarto Gallimard

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 20:55

[...] Des gens peuvent vivre comme nous ne vivons plus et donner l'impression d'être heureux, et les choses surtout peuvent être comme nous avons cessé de croire qu'elles pouvaient être, et la vie qui nous use, et nous emporte dans un tourbillon de phantasmes, de mensonges sentimentaux, passionnels, sexuels, génésiques, avec l'arrachement que tout cela impose d'heure en heure à l'âme, la vie peut rouler, nous élever nous-mêmes à un niveau d'intensité terrible et pure, sans concupiscence, sans aucune espèce de salacité, sans désir, puisque le désir s'épuise lui-même et nous brûle en se consumant. Voilà l'alchimie subtile, et la leçon que nous impose le désert, on sent que tout ce qui fait la passion, tout se qui fait l'amour et à quoi nous donnons par projection des formes viles, tout ce qui nous parait définitif dans le contact avec un autre être, tout cela peut en augmentant de puissance, de charme, d'envoûtement, se délivrer, se décanter, laisser tomber le second être, le double et nous fait vivre dans une solitude qui n'alimente que les forts. Morale : quittez quelques mois l'Europe, venez vivre aux limites du désert et vous qui avez la notion du grand et qui, par une sorte d'intuition merveilleuse et qui me surprend chaque fois que je la constate, savez distinguer ce qui mérite de vivre, et séparer le vrai du faux, le durable du passager, vous achèverez de guérir votre âme, vous découvrirez des joies intérieures profondes et beaucoup plus réelles que toutes les autres. Voilà ce qui fait les saints et même les Initiés : ils ont retrouvé la notion du sens vibrant, au sens véhément et qui nous empoigne, le mensonge et l'illusion des choses. Et quand on a compris, mais compris par les racines, par les nerfs, par l'organisme et par la partie énergique et concrète de l'âme que tout n'est qu'une illusion à laquelle l'esprit abusé consent. Quand on a appris à revoir le monde comme un vrai voyageur de la mort qui voit enfin se défaire les choses mais qui sait qu'il est le maître de leur déroute et de  leur défection ce jour-là on est bien près de la sécurité dernière, infrangible et du vrai bonheur que je vous souhaite parce que je vous aime vraiment.

Votre ami,

                                                                                                                                                                      Antonin Artaud

Lettre à Jeanne Ridel - Laghouat, 21 juin 1934

Extrait de Antonin Artaud - Oeuvres - 2004 - Pages 486-487 - Editions Quarto Gallimard

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 22:17

[...]

Or, j'estime que nous avons besoin de savoir, et que nous n'avons besoin que de savoir. Si nous pouvions aimer, aimer d'un seul coup, la science serait inutile; mais nous avons désappris à aimer, sous l'action d'une sorte de loi mortelle qui provient de la pesanteur même et de la richesse de la création. Nous sommes dans la création jusqu'au cou, nous y sommes par tous nos organes : les solides et les subtils. Et il est dur de remonter à Dieu par le chemin échelonné des organes, quand ces organes nous fixent dans le monde où nous sommes et tendent à nous faire croire à son exclusive réalité. L'absolu est une abstraction, et l'abstraction demande une force qui est contraire à notre état d'hommes dégénérés.

[...]

Extrait de Héliogabale ou l'anarchiste couronné

Extrait de Antonin Artaud - Oeuvres - 2004 - Pages 430 - Editions Quarto Gallimard

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 19:13

Il est jamais trop tard pour bien faire! 1996 déjà! Ce qui vaut le coup de lire n'est pas tant l'intrigue mais les personnages sont truculents. Elle nous les fera découvrir au fur et à mesure. La première partie parisienne plante le quotidien de Louis. Puis vient la crotte de chien qui va lancer l'intrigue et nous mener en Bretagne. Sur fond de portrait d'un village breton et d'une drôle de machine, l'affaire va progressivement s'accélérer. Pour enfin finir sur le héros et comprendre ce qui le mène depuis ces dernières années. 254 pages qui se lisent facilement avec beaucoup de plaisir et de rire.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 20:00

 L'étrangleur de Boston (1968) de Richard FLEISCHER : film historique car première utilisation au cinéma du split-screen (cher à la série 24h), c'est aussi un remarquable thriller sur fond de réflexion du traitement par les médias. La composition de Tony CURTIS à contre-emplois est d'une grande richesse, ce qui rend le personnage d'autant plus réel et complexe. Un des grands films du cinéma. Critique de DVD Classik.

 Le mariage de Maria Braun (1979) de Rainer Werner FASSBINDER : pièce de la trilogie allemande, c'est le premier volet du réalisateur sur l'histoire allemande. Il évoque la fin du régime nazi et la corruption sociale et politique de l'Allemagne d'après-guerre qui a continué à accueillir en son sein politique et économique des collaborateurs et fonctionnaires nazis. Romanesque, dramatique et politique : du cinéma libre et sans concession et de grands rôles féminins. Critique de Critikat.

 La blonde et moi (1956) de Frank TASHLIN : remarqué pour avoir su pointer le défi que va représenter la télévision pour le cinéma et en jouer, le tout avec une bande son bien de son temps, ce film reste une comédie que je trouve bien terne. Je vous invite à visionner un document d'une dizaine de minutes sur l'aspect cartoonesque que le réalisateur venu du dessin animé a insufflé dans sa mise en scène.

 Les larmes amères de Petra von Kant (1972) de Rainer Werner FASSBINDER : telle est prise qui croyait prendre. Une femme qui se dit détachée de tout sentiment, imbue de soi-même et incapable finalement d'aimée comme elle le souhaite se retrouve prise de passion pour une jeune femme qui en fera sa poupée avant de disparaître et se retrouvée seule. Un huit-clos fascinant.

 Le marchand des quatres saisons (1971) de Rainer Werner FASSBINDER : dans une Allemagne acquise au capitalisme, à la réussite sociale et incapable de régler son passé nazi, la difficile insertion d'un homme, miroir de ce que la société refuse de voir comme la face cachée de son modèle. Encore d'une grande actualité. Article de DVD Classik.

 Fighter (2010) de David O RUSSEL : tiré d'une histoire vrai, une belle histoire familiale attachante, de facture classique mais pas caricaturale. Un bon film du dimanche.

 Miss Bala (Mai 2012) de Gerardo NARANJO : film sans concession sur la corruption au Mexique avec les cartels de la drogue et les milieux politiques et militaires. Où comment la population en devient victime malgré elle. Critique de Télérama.

 De rouille et d'os (Mai 2012) de Jacques AUDIARD : un peu too much à mon gout.

 Cosmopolis (Mai 2012) de David CRONENBERG : une magistrale métaphore du capitalisme néo-libérale décadent trahit par quelques moments trop littéraires et théoriques.

 Les vieux chats (Avril 2012) de Sebastian SILVA & Pedro PEIRANO : une belle chronique familiale sur fond de relation mère-fille et maladie d'Alzeihmer. Une comédie douce-amère. Critique de Télérama.

 

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 20:40

Une belle découverte que cet auteur. Un livre d'une très grande richesse narrative. Avec pour toile de fond un massacre inter-religieux, l'auteur, par l'intermédiaire de différents protagonistes, nous raconte autant la petite histoire que la grande, le petit peuple autant que la foule, la poésie autant que l'atrocité, la réalité autant que le fantastique, le vraisemblable autant que l'invraisemblable. De chapitre en chapitre, nous allons de surprise en surprise. Difficile de refermer les pages du livre pour vaquer à nos occupations quotidiennes. Un auteur à suivre...N'hésitez pas!

Avis de Télérama .

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Published by alexlechti - dans Littérature indienne
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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 20:27

Deuxième roman publié par l'auteur (mais son premier écrit) et premier en solo (précédent écrit en collaboration avec BASTID), c'est à un tout autre style littéraire auquel nous avons affaire ici. Les phrases sont courtes, hachées, acérées. Très peu de description. Nous sommes plus sur le mode du dialogue, de la narration. Cela s'explique par le fait que le vecteur de la narration est une bande enregistrée dans l'urgence et qui fonctionne comme un révélateur, comme le bain chimique de la photographie. Cela donne une belle dynamique au roman et en fait un objet cinématographique.

Pour ce qui est de l'histoire, elle est fortement inspirée de l'affaire Ben BARKA , toujours non résolue et qui fait partie de l'histoire contemporaine sombre de notre pays et qui dérange encore.

C'est assez violent, nihiliste et phallocrate...mais certainement assez proche d'une certaine réalité de ces milieux barbouzes, pornos et fachos des années 70.

De nombreux articles : sur le roman lui-même par un blogueur, sur MANCHETTE par Moeurs noires , Libération lors de la sortie du journal du romancier, la revue Mouvement , France Culture avec un document sonore de 58' sur sa carrière, sa dernière interview sur un fanzine nommé Combo! et pour finir un article plus général sur le roman noir avec une partie consacrée au narrateur politisé

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 18:48

Premier roman noir de l'auteur, il a été écrit en collaboration avec Jean-Pierre BASTID. C'est un huit clos mené comme un western moderne. Au fil des pages, nous suivons l'évolution parallèle presque minute par minute des différents protagonistes, ce qui invariablement fait penser à un scénario de film. Le tout est mené avec un certain humour et un état d'esprit très anarchiste. Le suspens est très bien mené, j'ai toujours été avide de connaître la suite et pour les plus courageux il peut facilement être lu d'une traite n'étant constitué que d'une centaine de pages. Une belle découverte et ouvrant la lecture complète de ses oeuvres romanesques.

Articles : Pour ne pas oublier Jean-Patrick MANCHETTE ; Jean-Patrick MANCHETTE, 1971 : Bastid et N'Gustro ; site Fabula .

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 21:03

 La grande muraille (1932) de Frank CAPRA : L'intelligence, la sensualité, l'érotisme, les sentiments, les chocs culturels et moraux, le tout avec des dialogues  justes, une photographie illuminée et une mise en scène audacieuse. Du grand art et un classique injustement méconnu.

 

 Hedwig and the Angry Inch (2001) de James CAMERON MITCHELL : par le réalisateur de Tarnation (2004), Shortbus (2006) et Rabbit hole (2011), comédie musicale dans la lignée de Phantom of the paradise ou Priscilla, folle du désert, elle bénéficie d'une interprétation convaincante et troublante du réalisateur lui-même, ainsi que d'une bande son punk-rock efficace. C'est l'adaptation au cinéma d'un spectacle qui fût un beau succès au Etats-Unis, touchant au-delà du milieu LGBT, et primé entre autre à Sundance et Cannes.

 

 Une nuit à New-York (2008) de Peter SOLLETT : comédie romantique adolescente mais pas gnognotte. Une virée originale dans New-York en compagnie de personnages tous drôles et sympas. Un bon film du dimanche soir. Critique supplémentaire de Télérama.

 

 Rendez-vous avec la peur (1957) de Jacques TOURNEUR : une réflexion sur la peur, sur la manipulation, sur la confrontation entre science et occultisme, rationalité et irrationalité, sur fond de polar. Un chef d'oeuvre malheureusement quelque peu gâché par la production qui a imposé l'ajout d'un monstre diabolique de pacotille digne des trains fantômes de fêtes foraines. Mais à voir pour son interprétation, sa photographie et sa mise en scène.

 

 La taupe (Février 2012) de Thomas ALFREDSON :  par le réalisateur de Morse, une adaptation du roman du grand auteur d'espionnage John LE CARRE. Plongée vertigineuse dans le monde tarabiscoté, tortueux et tellement humain de la guerre froide. Sans actions, mais une tension qui ne faiblit pas jusque la fin. Un très bon film d'espionnage. Critique supplémentaire du Monde et de Télérama.

 

 Aloïs Nebel (Mars 2012) de Tomas LUNAK : film d'animation utilisant la technique de la rotoscopie et adaptation d'une bande dessinée, il aborde le sujet rare en Tchécoslovaquie des sudètes, la période communiste et la révolution tranquille de 1989 avec l'arrivée au pouvoir de Vaclav HAVEL, sur fond d'histoire de vengeance, mais également d'amour. Une forme qui donne aux mouvements  et à la texture une intensité dramatique et temporelle d'une grande richesse narrative et sensitive. Avis également de Télérama.

 

  A l'ombre de la République (Mars 2012) de Stéphane MERCURIO : la réalisatrice suit le travail du contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, de centrale en hôpital psychiatrique, de maison d'arrêt en centre de détention. Où la face cachée du disfonctionnement et de l'inhumanité carcéral.

 

  L'enfant d'en haut (Avril 2012) d'Ursula MEIER : chronique sociale teintée de poésie de deux jeunes êtres livrés à eux-même. Par la réalisatrice de Home. Touchant et sensible, proche du cinéma des frères DARDENNE. Avis également de Télérama.

 

 [Rec]3 : Génesis (Avril 2012) de Paco PLAZA : dans la lignée des deux autres. Pour les fans.

 

 Impunité (Avril 2012) de Juan José LOZANO & Hollman MORRIS : documentaire sur la souffrance du peuple colombien victîmes de la guerre civile entre les milices paramilitaires et le FARC et dénonciation implacable de la comédie politique que fut la commission gouvernementale "Justice et liberté" et son arrêt progressif au fur et à mesure que les confessions des bourreaux révélèrent une guerre sur fond d'intérêt politico-économique impliquant des membres de la classe politique. Des milliers de morts pour enrichir quelques entrepreneurs. Ediffiant. A ne pas mettre sous les yeux d'un public sensible mais néanmoins indispensable. Vous pouvez le visionner gratuitement ici : https://www.youtube.com/watch?v=KANHTBYAlqg.

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 20:31

 

Construite sur dix ans , en épisode puis intégralement, Black Hole est une chronique adolescente dans les années 70 aux Etats-Unis, à Seattle. Ils ont contracté une mystérieuse maladie qui les marginalise, squattant les maisons ou vivant en communauté dans la forêt. Ils subissent des mutations qui les transforment plus ou moins physiquement, mais également en terme de comportement. De l'oisiveté jusqu'au cannibalisme.

Ce qui est troublant, c'est que nous ne sommes pas dans le comics de genre. Cela me fait penser à BURROUGHS et le Festin nu. Dans un contexte complètement étrange, fantastique, l'auteur nous narre simplement des histoires d'amours, de fêtes, de drogues, de rupture familiale avec toujours cette maladie qui ronge petit à petit le groupe. Les adultes sont absents. Un refus du monde des adultes, mais également une adolescence sans future et nostalgique du temps d'avant la transformation. A mon sens, une très belle illustration du choc que fut celui de la société américaine post-vietnam et post-flower-power, qui engendrera les jeunes loups de Wall Street et la maladie de l'argent à tout prix et virtuel, lèpre qui continue à marginaliser et assombrir de plus en plus des générations d'adolescents.

Je vous invite à lire deux entretiens avec l'auteur : une sur du9 et une autre sur Télérama suivi d'une critique. Et pour finir, une vidéo qui illustre brièvement un passage de Black Hole. Le dernier projet en date est une adaptation cinématographique par FINCHER! A suivre...

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Published by alexlechti - dans Bande dessinée
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