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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 19:37

Légendaire

LÉGENDE IV

 

à Gaston Miron

Partie ma belle sur les navires dans le vent

Comment ces marins et ces bûcherons,

Épris d'or les uns, d'un songe

Les autres d'eux-mêmes ignoré

(Et le crime, le courage, la simple bonté,

Parfois niché parmi eux quelque saint

A l'écoute d'un secret

Comme d'une source sous le roc),

Comment auraient-ils su

Que leur cri, leur blasphème ou leur chant

Et ce silence qui n'est pas en eux silence

Mais rumeur sans rives des paroles tues,

C'était cela leur commune fortune,

Leur véritable capitaine

Avec le sang maternel qui survivrait ;

C'était cela, cette façon de dire : amour

Ou braise, ou pain, moisson, pervenche ou mort,

Cela, rien que cela qui dans les siècles,

Dans le trop vaste arpent, dans l'enclos

Avec eux sous la neige terré

Autour d'une image immobile de Dieu,

Donnait et donnerait un nord à leur errance,

Au chemin du deuil sous les érables

Dans la forêt blanche essaimée de lacs,

Au cœur du désert du désarroi de l'âme humiliée,

Cela comme une voile et comme une oriflamme,

Appel de détresse ou claquement de fierté,

Accueil amer et gifle amoureuse à l'avenir,

Aile déchirée de l'autrefois et du futur

Sur ces navires où dans le noir ils sommeillaient

Les bûcherons, les feuillardiers, les laboureurs,

Tous miséreux ou seigneurs, orphelins

A jamais sans le savoir, de leur lieu.

Patrie ma langue, ma mère sur les navires dans le vent.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 231 à 232

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 19:38

Grâce ultime

 

Vous m'oublierez : la neige sera de retour,

Le monde bleu dans la lumière tremblera.

Vous aimerez des villes au soleil marin.

 

Trace des pas, fumée des mots sur la terre,

L'amour jetait au milieu de la vie

Une étoile, une fête, une vaine étincelle.

 

Vous m'oublierez : les yeux resplendiront,

Les lèvres, les dents heureuses, les corps pareils

A l'herbe, au feu, à la rivière de juin.

 

Quelles étaient ces paroles dans l'ombre,

Les jours se constellaient de nos regards,

Dans la joie même la joie se consumait.

 

Vous m'oublierez : rien ne demeurera

De ce qui fut ce cœur tissé de songes.

Le sang, la peine, l'image et le désir

L'auront quitté sous la cendre et la nuit.

De nouveau que le ciel sera jeune

Et printanier l'hiver ! Vous m'oublierez.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - page 193

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 19:05

Grâce ultime

 

Seule maille de la distance et des jours,

Page arrachée d'une histoire

Que nul ne sait lire,

Pas craintif vers l'horizon masqué...

Et pourtant les millénaires d'un peuple familier

(Beauté du ciel, des forêts, des femmes),

L'immensité totale de vivre,

Et ta fureur, amour, au centre du souffle.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - page 188

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 10:55

Notre temps

PORTES D'ESPAGNE

 

                                         "Terres d'Espagne sont là-bas autour de ta mort

             A vivre leur ombre et leur soleil

               A mourir de tous leurs hommes."

 

Ici le bonheur des brins d'herbes et de l'air,

Des enfants magiciens, des grillons écoliers,

Des écureuils poursuivis par leur désir de vif argent,

La paix enroulée aux branches par la houle des nuées.

Ici le soleil sur les seins les soleils de l'amour,

Et quand souffle la nuit sur ce tranquille diamant

La grenade grande ouverte du ciel sur les lits et les rêves :

Toute une source d'où jaillissent les iris de la vie.

Mais là-bas à l'orée des heures pourpres

Le mur des monts dresse un meurtre monotone,

Une plaie vieille écorche un martyr enchaîné.

La mer n'est plus là-bas la musicienne des coquillages,

En vain le taureau draine les maléfices souterrains,

Dans le vol de leur crinière les chevaux

Ne secouent plus l'oriflamme de liberté,

Au crépuscule le feu des pierres là-bas a perdu sa tendresse,

La chaleur des landes à midi demeure sans l'allégresse

Des vérités de foudre.

     L'eau la bête la flamme

Ne sont plus le chant d'un beau jour mais l'alarme

Mais les cris mais les monstres rôdeurs du supplice.

Le rossignol de l'Espagne, des camarades et de l'été

Gît toujours sur le chemin des monts dans les flaques de lune

Sous le silence grondant de la guitare brisée...

Tes saints d'or déchiré tes amantes de verdure

Tes adolescents d'orgueil mortel ton Andalousie

De nacre jalouse et de sang, ton fin cadavre d'oiseau brisé,

Federico, sont encor dans les coraux de l'exil,

Et vit le lent cortège de leur mort

Dans les mines aveugles au fond des regards

Que les mineurs et les paysans et les mères apeurées

Portent au-devant d'eux, fanaux de refus hagard.

Ton appel de soirs chanteurs d'haleine jeune

De corps à la douceur d'orange,

Et de passions courbées comme amoureuse nue,

Comme buisson de lames fatales nues,

L'appel de ta vie de la vie à la belle dérive

Erre en déroute hallucinée sur le linceul de ta terre.

L'oeillet de la joie ils l'ont souillé dans cette geôle

Que sont là-bas neige et cristal, gerbes et fonts, mains et paroles,

Mais son éternelle racine mince aux mille rameaux

Ils n'ont su l'arracher, elle va de villages en solitudes,

Des arènes aux raisins, des baies de sel aux usines,

De Cordoue à l'aurore à Madrid aux étoiles,

Et la fleur, un jour muet, percera par mille blessures

Rouges, par mille parcelle de feu

Par mille crêtes d'écume

L'épais et gluant terreau de l'horreur,

Alors vibrera le rire aux lèvres libres,

De fraternelles arabesques, de l'aube à la minuit,

Dessineront sur le domaine un vaste nid

De ruelles tendres, de ruisseaux naïfs dont la rumeur

Comme un fruit ouvrant ses portes d'or

Laissera soupirer dans son souffle les siècles délivrés,

Alors du fond des lourdes eaux, alors de la vase somnambule

Aura ressurgi l'île matinale lyre aux cordes solaires,

L'Espagne où sonnera l'hymne à pleine vois de l'avenir.

 

Font-Romeu, 1946

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 120 à 122

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 20:28

Inspiré d'un fait réel qui est la rencontre le 18 Septembre 1874 du président des Etats-Unis Ulysses GRANT et du chef cheyenne Little Wolf, l'auteur nous invite à découvrir la culture et le mode de vie du peuple cheyenne ainsi que son déclin par le prisme de destins féminins. Un grand talent de conteur décliné par le mode d'un journal intime. Une écriture simple, concise et non dénuée de poésie. Pour les amateurs de grands espaces et sensible aux causes de disparition des peuples autochtones.

Avis sur AgoraVox.

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 20:32

Edvard Munch (1974) de Peter WATKINS : docu-fiction par un réalisateur exigeant et intègre, une formidable exploration de l'univers du peintre. Un must du genre.

Adieux Berthe, l'enterrement de mémé (juin 2012) de Bruno PODALYDES : une très bonne comédie qui aborde la mort et la famille de manière originale, avec une pointe de magie. En parlant de magie, je vous invite à découvrir une vidéo de 9' avec les tours de magie autour de la petite malle.

Captive (2012) de Brillante MENDOZA : le réalisateur continue à nous faire découvrir son pays ici par le prisme de la guerre et la captivité par le biais des prises d'otages. Toujours avec autant d'efficacité dans la capacité qu'il a de faire du spectateur un témoin privilégié de l'histoire, au naturel, au plus près des instigateurs. Pas convaincu par contre par le jeu d'Isabelle HUPPERT que je trouve surfait.

Hara-Kiri, mort d'un samouraï (2011) de Takeshi MIIKE : un magnifique film de samouraï tout en retenue, poésie, sans effets sanguinolents ni violence. Le tout avec une touche de transgression qui font du réalisateur un éternel rebelle.

  

3 femmes (1977) de Robert ALTMAN : hors de tout standard hollywoodien, du cinéma introspectif à la Bergman ou Antonioni dans un univers malgré tout typiquement américain. Magnifique et tellement libre! Je vous invite également à visionner un avis ici .

That cold day in the park (1969) de Robert ALTMAN : à travers la schizophrénie, le réalisateur interroge le milieu bourgeois et sa capacité à détruire, étouffer la liberté d'aimer mais également celle de la femme. Sur un schéma plus classique, une influence également ici du cinéma européen, notamment de FASSBINDER et son utilisation du zoom et des miroirs. Je vous invite à visionner un avis ici .

La galaxie de la terreur (1982) de Bruce D. CLARK : série B surfant sur la vague Alien, produit par Roger CORMAN, du grand spectacle avec des bouts de ficelle! Ce qui abouti à un film culte, avec notamment une scène lubrique incroyable entre un vers géant et sa proie. Pour les fans. Et justement, une vidéo qui balaie les protagonistes les plus prestigieux de cet objet improbable.

La colline a des yeux (2006) d'Alexandre AJA : par un des plus talentueux français du film gore (Haute tension est une merveille!). Ne démérite pas du tout par rapport à l'original de CRAVEN. Pour les fans.

Dead or alive 1 (1999) de Takeshi MIIKE : auparavant le meilleur, ici le pire du réalisateur. A la limite, le générique est meilleur que le reste du film!

Elmer Gantry, le charlatan (1960) par Richard BROOKS : par un réalisateur qui n'a eu cesse de critiquer les travers de la société américaine, une charge contre les prédicateurs qui à l'époque divisa les américains. Décapant.

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 20:48

Ecriture des jours (1972) - Équivalences

AUTRES ÉQUIVALENCES

à Françoise Dufay

 

Dans la paume de l'été

Percée de tramontane,

Lettres des feuilles,

Odeur et dessin qui scintillez

Pour nommer un instant,

Et tendre, vive, une page sur l'espace,

Des yeux je vous lis, des mains, du souffle,

Jamais rassasié de ce simple récit,

De la magnificence

Que vous répétez de buissons en forêts

A travers les âges légers.

 

Que votre légende et votre oraison

D'étoiles vertes, de lunes et de lances

Chantant chacune un air sous le vent,

Accompagnent ma vie de ce cortège

Qui vient d'avant le temps.

Que je sois la lecture heureuse

De ces secrets à tous murmurés

Lorsque tremblent

Ou se figent, signes morcelés,

Les feuilles du livre

Où je suis et ne suis pas.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 156 à 157

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 17:46

Ecriture des jours (1972) - Équivalences

AUTRES ÉQUIVALENCES

à Sylvestre

 

II

 

Non, faux magicien des vocables,

L'alezan ne s'enracinera

Pas plus que l'érable ne détale,

De pierre demeurera la roche,

Et l'odeur, sur l'océan, des roses

Ne laissera qu'invisible sillage

Où ni l'écuyer n'éperonnera les vagues

Ni le monstre marin la cavale écumante.

 

Branchu, feuillu, danseur et murmurant,

Jet d'ombre et de soleil vert sera l'arbre,

Geste somptueux et calme de la vie,

Cependant que du col, des naseaux et des flancs,

De ce grand oeil de sultane languide,

De ce panache sur la croupe volant,

Telle encore te séduit ta conquête

Que le mors non les mots a domptée.

 

Par étincelle ou par éclat cueillerais-tu le roc

Que tu n'y capterais cette sève d'énigme

Qui passe aux couleurs, à la chair des pétales ;

Quant à l'arôme plus aérien que l'air,

Plus vagabond que les saisons,

Et qui porte loin vers sa jeunesse enfuie

Ou son enfance heureuse le voyageur,

Tu ne sus le changer en plus léger que l'eau,

En beau navire voguant sur la mémoire.

 

Alors pour chaque son, chaque signe enlacé

Ainsi soit-il ! Et que pèsent les noms

De leur poids juste en tes regards

Comme aux balances de ton sang.

Que les chevaux foulent les fleurs au fond du songe !

Enfourche-les, chevalier sans royaume,

Pour humer l'odeur éphémère du monde,

Et sens l'arbre épouser la croisée de tes bras

Ou la houle soulever d'une terrible joie

Ton corps, ta vie jusqu'à l'étreinte des origines !

Accueille en toi, humblement, et partage

En l'hostie des syllabes le dieu vrai des choses.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 153 à 154

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 20:14

Ecriture des jours (1972) - Équivalences

AUTRES ÉQUIVALENCES

à Sylvestre

 

I

 

Si ça me chante : arbre le cheval,

Si ça m'enchante, roche la fleur

Et paquebot son parfum,

Et cachalot le cavalier.

 

Mais chanterais-je alors le cachalot sur l'arbre

Et sa façon de se pencher pour humer

Un suave transatlantique

Qu'exhalaient dans l'été les rochers bleus ?

 

Ou bien dirais-je que dans le vent

D'automne un cheval s'effeuillait,

Que les parfums fendaient les flots

Au risque d'échouer sur les fleurs ?

 

Ah! plutôt voir galoper les chênes,

La roche à la fin des beaux jours se faner,

Le cavalier et la senteur descendre

De conserve aux abîmes marins !

 

Cependant qu'étalon, marguerite,

Steamer et cétacé,

Telles des ombres ayant perdu leur homme

Erraient autour de moi, désenchantées.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 151 à 152

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 19:32

Une voix (1956) - Chansons sur porcelaine

COMPLAINTE DES FEES

 

Nous vivons des contes de fées

Rouges verts qui pincent le coeur

Notre mystère est bien surfait

Mais elle est vrai notre douleur.

 

Bel oiseau de la nuit

Belle armée de la pluie

Belle ombre de l'ennui

Bel œil noir de mon puits

Sommes belles de nuit.

 

Nous savons charmer les orvets

Tirer carrosse d'une fleur

Nous sommes les filles d'Orphée

Mais notre mère est la douleur.

 

Bel oiseau de la nuit

Belle armée de la pluie

Belle ombre de l'ennui

Bel oeil noir de mon puits

Sommes belles de nuit.

 

Nous jouons à des jeux secrets

Où tout le temps l'on perd l'on pleure

Nos yeux sont neiges sans regrets

Mais que brûle notre douleur.

 

Bel oiseau de la nuit

Belle armée de la pluie

Belle ombre de l'ennui

Bel oeil noir de mon puits

Sommes belles de nuit.

 

Nos confidents sont feux follets

Pauvres et laids nés de la peur

N'avons pour amants que reflets

Mais elle est vraie notre douleur.

 

 

Bel oiseau de la nuit

Belle armée de la pluie

Belle ombre de l'ennui

Bel oeil noir de mon puits

Sommes belles de nuit.

 

Dès que s'étirent les volets

Sur les chaumières du bonheur

Nos pas s'effacent dans les blés

Mais elle est là notre douleur.

 

 

Bel oiseau de la nuit

Belle armée de la pluie

Belle ombre de l'ennui

Bel oeil noir de mon puits

Sommes belles de nuit.

 

nrf - Collection Poésie/Gallimard (n°187) - Editions Gallimard - 2008 - pages 98 à 100

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