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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 19:18

Poulet aux prunes (octobre 2010) de Marjane SATRAPI et Vincent PARONNAUD : adaptation cinématographique de sa bd, il est un conte philosophique et plein d'humour sur le cycle de la vie à l'iranienne. Je vous invite à visionner une vidéo  épistolaire entre Marjane et Mathieu AMALRIC sur la poésie iranienne touchante.

L'autre monde (juillet 2010) de Gilles MARCHAND : thriller complètement bidon, faussement moderne et plein de clichés. Typique film M6 de seconde partie de soirée, vous savez juste avant l'érotique!

Blastfighter - L'éxécuteur (1985) de Lamberto BAVA : un sous-plein de choses (Rambo, Délivrance, Voyage en enfer, etc.) de bonne facture, mais sans grand intérêt.

Frayeurs (1980) de Lucio FULCI : réalisé après "L'enfer des zombies", on est encore ici dans le domaine du spiritisme, de la malédiction et de la fameuse porte de l'enfer qui va s'ouvrir parce que quelqu'un de curieux il a trouvé la clé! Comme souvent avec FULCI, de bonnes scènes d'horreurs, mais le reste, c'est de la foutaise.

Mon trésor (2003) de Keren YEDAYA : à travers une relation très touchante entre une mère et sa fille, une vision très noire de la société israélienne résumée ainsi par sa réalisatrice : "La société, dit Keren Yedaya, lauréate, à Cannes, de la Caméra d'or 2004 (meilleur premier film), sacrifie les hommes pour qu'ils deviennent des soldats et les femmes pour qu'elles deviennent des putes...". A voir, rien que pour l'époustouflante composition de Ronit ELKABETZ.

Macadam à deux voies (1971) de Monte HELLMAN : Attention chef d'oeuvre! Le road-movie américain le plus européen que je connaisse! Complètement à contre-courant des réalisations de cette époque. Un film complètement hypnothique. Le cinéma comme je l'aime : une histoire simple et une réalisation sans esbrouffe qui capte l'essentiel des rapports humains. Magnifique! Je vous invite à visionner un vidéo sur le retour de Monte HELLMAN sur les lieux du tournage quelques années après, propice à plusieurs anecdotes (42'50").

Point limite zéro (1971) de Richard C. SARAFIAN : tourné la même année que "Macadam à deux voies", il est de forme plus classique et se veut contestataire, à la limite de la caricature. Mais il est malgré tout l'occasion de plonger dans l'Amérique profonde et la fable sur la puissance médiatique ne manque pas d'intérêt. Il fait partie des films emblématiques de cette période.

Les doigts dans la tête (1974) de Jacques DOILLON : premier long métrage du réalisateur, il est une chronique adolescente sentimentale et sociale d'une grande justesse. Alors que l'ensemble est très maitrisé, il nous semble assister à du cinéma-vérité, un documentaire sur une jeunesse des années 70, mais finalement intemporelle dans les rapports humains. A voir en famille. Je vous invite à visionner un entretien entre le rélisateur et son acteur principal (14'01") et la lecture par Jean-Pierre LEAUD d'un article écrit par François TRUFFAUT pour les cahiers du cinéma, lors de la sortie du film (9'56").

Roses à crédit (2010) d'Amos GITAÏ : une belle adaptation du roman d'Elsa TRIOLET, prétexte à dénoncer le pouvoir du consumérisme sur la vie quotidienne. Pas mal.

De l'eau tiède sous un pont (2001) de Shohei IMAMURA : réalisé après "L'anguille", palme d'or à Cannes en 1997, il est de nouveau une comédie truculente et sensuelle sur les rapports hommes-femmes, dénonçant également le machisme et le patriarcat de la société japonaise. Original et intelligent.

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 19:36

Les bas-fonds de Frisco (1949) de Jules DASSIN : un film policier et de critique sociale dans le monde des routiers et du commerce des fruits original.

L'au-delà (1981) de Lucio FULCI : le pire côtoie le meilleur. Côté scénario, cela ne tient pas la route, mais des scènes qui font de ce réalisateur un des maîtres du genre!

Electra glide in blue (1973) de James William GUERCIO : unique film du producteur du groupe américain "Chicago", il fait partie de cette période typique du cinéma américain de grand doute sur le rêve américain et les grandes claques que furent la guerre du Viet-Nam, le mouvement hippie et l'assassinat de KENNEDY.

L'ouragan de la vengeance (1965) de Monte HELLMAN : cinéaste de l'avant-garde américaine attaché au film de genre pour mieux le contourner,  il fait partie de ces réalisateurs-artisans de génie, issus de l'écurie CORMAN (comme les acteurs d'ailleurs), qui influenceront la génération des années 70. La totale liberté accordée à partir du moment où il n'y a pas de dépassement de budget a permis de laisser court à la créativité de ce réalisateur, fan du cinéma européen. Comme PECKINPAH, il en résulte une oeuvre âpre dans laquelle le genre du western n'est que l'arrière-plan à un affrontement et une méditation sur le genre humain. J'adore!

Huit heures de sursis (1947) de Carol REED : film qui lancera la carrière internationale du réalisateur et de James MASON, il est une oeuvre courageuse pour l'époque et pleine d'humanité sur le conflit irlandais et ses répercutions sur le quotidien des Irlandais.

Liberty heights (1999) de Barry LEVINSON : comédie sympathique sur fond de chronique familiale d'une famille juive dans les années 50 au Etats-Unis. Bon film du dimanche.

Exotica (1994) d'Atom EGOYAN : par le réalisateur de De beaux lendemains, une oeuvre tout en finesse sur les liens étranges qui peuvent unir les êtres humains entre la vie et la mort.

Lone star (1996) de John SAYLES : un film policier qui se déroule au Nouveau-Mexique sur fond de racisme ordinaire et de trafic de migrant. Pas mal.

The shooting (1968) de Monte HELLMAN : à la suite et avec une partie des acteurs de "L'ouragan de la vengeance", c'est une des chasses à l'homme les plus étranges et contemplative de celles que j'ai pu voir dans le western. A voir!

Navidad (2009) de Sébastian COMPOS : une chronique douce et amoureuse de trois jeunes à l'aube de leur vie d'adulte et la perte de l'innocence.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 09:17

Fragments d'un journal d'enfer

 

Non, tous les arrachements corporels, toutes les diminutions de l'activité physique et cette gêne qu'il y a à se sentir dépendant dans son corps, et ce corps même chargé de marbre et couché sur un mauvais bois, n'égalent pas la peine qu'il y a à être privé de la science physique et du sens de son équilibre intérieur. Que l'âme fasse défaut à la langue ou la langue à l'esprit, et que cette rupture trace dans les plaines des sens comme un vaste sillon de désespoir et de sang, voilà la grande peine qui mine non l'écorce ou la charpente, mais l'ETOFFE des corps. Il y a à perdre cette étincelle errante et dont on sent QU'ELLE ETAIT un abîme qui gagne avec soi toute l'étendue du monde possible, et le sentiment d'une inutilité telle qu'elle est comme le noeud de la mort. Cette inutilité est comme la couleur morale de cet abîme et de cette intense stupéfaction, et la couleur physique en est le goût d'un sang jaillissant par cascades à travers les ouvertures du cerveau (p. 178-179)

 

Jamais aucune précision ne pourra être donnée par cette âme qui s'étrangle, car le tourment qui la tue, la décharne fibre à fibre, se passe au-dessous de la pensée, au-dessous d'où peut atteindre la langue, puisque c'est la liaison même de ce qui la fait et la tient spirituellement agglomérée, qui se rompt au fur et à mesure que la vie l'appelle à la constance de la clarté. Pas de clarté jamais sur cette passion, sur cette sorte de martyre cyclique et fondamental. Et cependant elle vit mais d'une durée à éclipse où le fuyant se mêle perpétuellement à l'immobile, et le confus à cette langue perçante d'une clarté sans durée. Cette malédiction est d'un haut enseignement pour les profondeurs qu'elle occupe, mais le monde n'en entendra pas la leçon (p. 179)

 

Cette sorte de pas en arrière que fait l'esprit en deça de la  conscience qui le fixe, pour aller chercher l'émotion de la vie. Cette émotion sise hors du point particulier où l'esprit la recherche, et qui émerge avec sa densité riche de formes et d'une fraîche coulée, cette émotion qui rend à l'esprit le son bouleversant de la matière, toute l'âme s'y coule et passe dans son feu ardent. Mais plus que le feu, ce qui ravit l'âme c'est la limpidité, la facilité, le naturel et la glaciale candeur de cette matière trop fraîche et qui souffle le chaud et le froid.

Celui-là sait ce que l'apparition de cette matière signifie et de quel souterrain massacre son éclosion est le prix. Cette matière est l'étalon d'un néant qui s'ignore (p. 180)

 

La vie va se faire, les événements se dérouler, les conflits spirituels se résoudre, et je n'y participerai pas. je n'ai rien à attendre ni du côté physique ni du côté moral. Pour moi c'est la douleur perpétuelle et l'ombre, la nuit de l'âme, et je n'ai pas une voix pour crier (p. 180)

 

Commerce, Cahiers VII, printemps 1926.

Extrait de Antonin Artaud - Oeuvres - 2004 - Editions Quarto Gallimard

 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 20:03

Le pion aux lunettes bleues

Quand il nous menait dans les bois où se déployait l'automne, il voulait nous forcer à poursuivre le soleil qui s'en allait, - il trainait un moment parmi les feuilles sèches : mais déjà le jour s'alanguissait, alors l'arbre du fond devenait orange, puis le clocher tournait dans un rayon jaune avec la douceur d'un soupir, - alors la terre fumait, et nous rentrions.

Son visage avait repris son immobilité impassible et comme intérieure. Le voilà à nouveau redevenu lointain, et souvent jusqu'à l'heure de la cloche du coucher il ne touchait un livre ni ne disait un mot, ses deux mains sur les rebords du pupître, comme crispées, et que la lampe faisait luire.

Quelque chose de pur, de détaché était dans toute sa personne, nous aurions aimé le croire bon; mais il nous aurait fallu avoir ses yeux. Il nous inquiétait. Cette manie ecclésiastique de joindre les mains, sa démarche, son attitude tassée et lente et comme repliée lui composaient une apparence extraordinaire parmi les hommes.

Et puis comme il nous interpellait tout soudain, et nous bafouait, se jouant de notre crédulité, puis retombait pour nous dans l'absence et dans l'éloignement!

Puis quand les livres s'entassaient sur la table et qu'il faisait marcher sa plume, alors si nous avions le malheur de broncher, il se tournait vers nous avec un air si féroce que quelque chose de plus lourd que la crainte s'appesantissait sur nous.

Le collège s'élevait un peu comme une citadelle sur les confins de la vieille ville à l'endroit où la terre se gonflait, si bien que d'un côté les platanes qui lui composaient une énorme couronne de verdure venaient balancer leurs feuilles jusque sous les fenêtres de notre étude. Sans doute nous suivions avec intérêt la marche des saisons sur la tête des arbres, et les drames de l'eau, du ciel, du soleil et de la foudre dans le carré des fenêtres, mais cette ouverture sur le dehors semblait exercer la  fascination d'un véritable sortilège sur notre pion. Il y gardait les yeux fixés parfois durant des heures, et les jours de grand vent sa tête se balançait suivant le rythme grandi des arbres et il avait l'air de marmonner des paroles qui le berçaient.

Mais à partir du jour où vint se placer parmi nous l'adolescent admirable dont l'image devait occuper notre jeunesse une expression de tristesse, de jour en jour plus désolée, modela le marbre de sa physionomie et il tournait parfois vers la place où l'enfant était assis une face qui avait l'air d'une question.

De ce jour sa petite chambre retentit des sons d'un violon malade et qui nous faisait penser à des histoires dont nous aurions oublié le thème. Et parfois aussi, si nous passions devant sa porte, s'exhalaient pour nous des bruits de berceuses anciennes qu'il chantait d'une voix tremblante et enrouée - et méchante aussi, oui, implacable eût-on dit. Alors, dans la chapelle, en dehors des heures d'office des fois l'orgue parlait.

Un matin l'enfant ne vint pas. Le pion fit normalement son étude, et notre classe d'après-midi allait finir lorsque le bruit se répandit dans l'école que des bûcherons avaient trouvé dans les bois qui abritaient nos sorties le cadavre d'un enfant pâle qui n'avait pas tardé à être identifié avec notre merveilleux compagnon.

Alors il y eut un ouragan pour nos consciences et nous tombâmes pour un moment dans l'engourdissement de la peur; mais déjà nous étions sur nos jambes et tous debout dns la classe bouleversée, car des cris effrayants proférés par une voix plus qu'humaine remplissaient le collège. Et à ce moment même l'orgue parla.

Ce fut la fuite éperdue à travers les couloirs, et les escaliers martelés par le piétinement de trois cents enfants affolés.

Le bruit nous amena devant la porte même de notre pion, assez tôt pour entendre ces mots clamés avec la même voix surhumaine : "l'enfant, retirez l'enfant!" - et le silence.

La porte fut enfoncée; mais déjà notre malheureux pion gisait étendu à terre, avec ses yeux morts, et une fiole de laudanum qui s'était brisée à côté de lui sur le plancher. (p. 27-28)

Nouvelle écrite en 1921-1922 lors du séjour chez le Dr Toulouse

Extrait de Antonin Artaud - Oeuvres - 2004 - Editions Quarto Gallimard

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Published by alexlechti - dans Littérature
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 20:50

Un film sans concessions, complètement désenchanté, radical, nihiliste. La déchéance sans espoir de rachat d'une partie de la génération soixante huitardes aux Etats-unis. La solution, c'est l'élimination pure et simple, la disparition de ce monde qui a vu la mort d'Elvis PRESLEY, le suicide de Johnny ROTTEN et la déferlante du disco. No futur! Cela n'empêche pas malgré tout des moments de poésie urbaine lors de plans-séquences et de scènes improvisées et une interprétation incroyable de Linda MANZ qui étrangement ne fera pas carrière au cinéma. Un film culte! Je vous invite également à visionner un entretien d'une trentaine de minutes avec Jean-Pierre BOUYXOU qui revient sur la carrière de Dennis HOPPER et le traitement au cinéma de la drogue & la contre-culture. A noter que Dennis HOPPER, par la suite, basculera dans le conservatisme le plus total en soutenant REAGAN, BUSH père et fils.

Fiche technique et avis de DVD Classik ; Critikat et Télérama.

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Published by alexlechti - dans Cinéma américain
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 20:18

Seule réalisation à ce jour de Tim ROTH, c'est la troisième fois que je le vois avec environ une dizaine d'années entre chaque vision. On peut lui reprocher une scène inutile à mon goût, du moins en terme de mise en scène. Mais à par ça, le but visé est atteint : faire prendre conscience que cela peut arriver dans n'importe quelle famille. Les ados sont remarquables de naturel. ATTENTION! Pour public au minimum ado! Je vous offre deux bonus : le making-of (6'30") et des entretiens (5'14") avec les protagonistes du film. 

Fiche technique et avis de Télérama.

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Published by alexlechti - dans Cinéma européen
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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 18:19

[...]

- Mais vous ne comprenez pas ? cria rageusement Katerina Ivanovna, avec un geste d'impuissance. De quoi vous voulez dédommager, hein ? C'est lui-même, ivre mort, qui s'est jeté sous les chevaux! Lesquels, de revenus ? Ce n'étaient pas des revenus, avec lui, ce n'était rien qu'un supplice. Parce qu'il buvait tout, ivrogne comme il était. Il nous volait, il portait tout à la taverne, toute leur vie à eux, et toute la mienne, il nous l'a démolie à la taverne! Et Dieu soit loué, qu'il meure! Au moins, ça arrête les frais!

- Il faut pardonner, à l'heure dernière, et, ça, c'est un péché,madame, ces sentiments, c'est un grand péché!

Katerine Ivanovna s'agitait au chevet du malade, elle lui donnait à boire, essuyait le sang et la sueur de son visage, redressait les oreillers et parlait avec le prêtre, en ayant rarement le temps de se  tourner vers lui pendant qu'elle s'affairait. Cette fois, soudain, elle se jeta sur lui, presque dans un état second.

- Ah, mon père! Des mots, rien que des mots! Pardonner! Il serait rentré, aujourd'hui, ivre, s'il ne s'était pas fait écraser, sa chemise qu'il a sur lui, la seule, usée, en loques, il serait tombé, à roupiller et, moi, jusqu'à l'aube, je serais restée les bras dans l'eau, à laver ses vieilles nippes et celles des gosses, et je les aurais séchées à la fenêtre, et là, tout de suite, quand il aurait fait jour, je me serais mise à recoudre - ç'aurait été ça, ma nuit!...Et vous, à parler de pardon!...Même ça, j'ai pardonné!

Une toux profonde, terrifiante, interrompit ses mots. Elle crachat dans son mouchoir et mit le crachat sous le nez du prêtre, tandis que son autre main se serrait avec douleur sur sa poitrine. Le mouchoir était plein de sang...

Le prêtre baissa la tête et ne dit rien.

Marmeladov était à l'agonie dernière; il ne quittait pas des yeux le visage de Katerina Ivanovna qui se penchait sur lui. Il herchait toujours à lui dire quelque chose ; il avait commencé, remuant la langue avec effort et articulant des sons obscurs, mais Katerina Ivanovna qui avait compris qu'il lui demandait pardon lui cria tout de suite d'une voix impérieuse :

- Tais-toi-oi-oi! Pas la peine!...Je sais ce que tu veux dire...Et le malade se tut ; or, à cette minute, son regard errant tomba sur la porte et il découvrit Sonia...

Jusqu'alors, il ne l'avait pas remarquée : elle se tenait dans un coin et dans l'ombre.

- Qui est-ce ? Qui est-ce ? murmura-t-il soudain d'une voix rauque et haletante, bouleversé d'inquiètude, en indiquant des yeux terrorisés la porte où se tenait sa fille, et essayant de se redresser.

- Reste couché! Couchéééé!...voulut crier Katerina Ivanovna.

Mais, dans un effort surnaturel, il eut le temps de prendre appui sur son bras. Il posait un regard frénétique et figé sur sa fille, comme s'il ne la reconnaissait pas. Et puis, il ne l'avait jamais vue dans ce costume. Soudain, il la reconnut, humiliée, assassinée, surdécorée, honteuse, attendre humblement son tour de faire ses adieux à son père mourant. une souffrance infinie s'affichat sur le visage de celui-ci. 

- Sonia! Ma fille! Pardon! cria-t-il, et il voulut lui tendre le bras, mais, perdant son appui, il chancela et s'effondra de son divan, le visage à même le sol ; on se précipita pour le relever, on le posa, mais il s'en allait déjà. Sonia poussa un petit cri, elle accourut, elle le prit dans ses bras et demeura figée dans cette étreinte. Il mourut dans ses bras. (p. 216-217)

Extrait de Oeuvres romanesques 1865-1868 - Traduction du russe, avant-propos et notes d'André MARKOWICZ - Thesaurus - ACTES SUD

 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 18:59

Suivront Le joueur et L'idiot, le tout en quatre ans. Tant de créativité en si peu de temps et un seul homme! Mon rôle ici va se limiter à vous proposer des liens contenant une analyse succincte de la notion philosophique du "Surhomme" chère à NIETZSCHE dont l'oeuvre l'aurait inspirée, un élément audio issu de France Culture et un article du traducteur André MARKOWICZ.

France Culture ; Philitt ; La république des livres

Puis deux passages qui m'ont particulièrement marqué (et qui ne sont pas trop longs!)

Raskolnikov marcha tout droit jusq'au pont X*** s'arrêta au milieu, devant la rambarde, s'accouda, sur ses deux coudes, et se mit à regarder au loin. Après avoir quitté Razoumikhine, il était si faible qu'il avait eu du mal à se trainer jusque-là. Il eut soudain envie de se coucher ou de s'asseoir, là, dans la rue. Penché au-dessus de l'eau, il regardait machinalement la dernière lumière, le reflet rose du couchant, l'enfilade des immeubles qui formaient une masse obscure dans les ténèbres toujours plus épaisses, une fenêtre éloignée, quelque part, dans une mansarde, sur le quai de gauche, qui irradiait, comme prise par les flammes, sous le dernier rayon du soleil qui tapait dessus pour un instant, l'eau toujours plus sombre du canal et, semblait-il, il observait cette eau très attentivement. A la fin, des sortes de cercles rouges tournoyèrent dans ses yeux, les immeubles se mirent à marcher, les passants, les quais, les équipages - tout se mit à tournoyer et à danser une ronde. Soudain, il tressaillit, peut-être sauvé d'un nouvel évanouissement par une vision frénétique et monstrueuse. Il sentit que quelqu'un était venu se placer à côté de lui, à droite, tout près ; il leva les yeux et vit une femme, grande, un foulard sur la tête, le visage jaune, oblong et aviné, les yeux un peu sanguins, creusés. Elle le regardait droit dans les yeux, mais, à l'évidence, elle ne voyait rien et ne distinguait personne. Soudain, elle s'appuya du bras gauche sur la rambarde, leva la jambe droite et la lança de l'autre côté de la grille, puis ce fut la jambe gauche, et elle se jeta dans le canal. L'eau sale s'ouvrit, engloutit la victime pendant une seconde, mais, une minute plus tard, la noyée remontait à la surface, et le courant l'emporta doucement, la tête et les jambes dans l'eau, le dos à l'air, la jupe froissée et gonflée par l'eau comme un oreiller. (p. 200)

Extrait de Oeuvres romanesques 1865-1868 - Traduction du russe, avant-propos et notes d'André MARKOWICZ - Thesaurus - ACTES SUD

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 18:27

Mémories of murder (2003) de Joon-ho BONG : réalisateur de The Host et Mother, son deuxième film est inspiré de l'histoire vraie d'un des premiers tueurs en série connu en Corée du Sud : il court toujours. C'est typique de ce cinéma coréen : à la fois critique sociale et politique, humain, comique, tout en étant un film de genre d'une grande complexité. J'adore!

Le mystérieux docteur Korvo (1949) d'Otto PREMINGER : dans la lignée des nombreux films d'après-guerre dont le scénario est teinté de psychologie freudienne, ce film est secondaire dans la carrière de PREMINGER. Pour la beauté et le jeu de Gene TIERNEY.

Shotgun stories (2007) de Jeff NICHOLS : thriller atypique baigné de tragédie antique. Un regard décalé sur le mythe de la vengeance et le Texas. Par le réalisateur de Take shelter et Mud.

 All or nothing (2002) de Mike LEIGH : par le réalisateur entre autres de Deux filles aujourd'hui et Another year, la chronique familiale d'une famille précaire de l'Angleterre contemporaine dont un évènement va bouleverser leur quotidien. Tout simplement tendre et juste. Magnifique.

Darkman (1990) de Sam RAIMI : réalisé après Evil dead II, il s'est fait plaisir en créant son personnage digne de ceux créés par Marvel comics. Une joyeuse récréation.

L'enfer des zombies (1979) de Lucio FULCI : film culte, il fait partie des meilleurs films de ce réalisateur et quand on y regarde bien, influencera d'autres générations après-lui. Pour les amateurs.

Démons (1985) de Lamberto BAVA : c'est le premier film d'horreur que j'ai vu de ma vie. Il m'a marqué et je voulais le revoir depuis longtemps. Malgré les défauts attachés à ce genre, il réserve encore de belles frayeurs et moments gores. Pour les amateurs.

Judex (1963) de Georges FRANJU : hommage poétique et fantastique au cinéma de FEUILLADE.

Adieu Gary (2008) de Nassim AMAOUCHE : une belle chronique sociale sur la difficulté de renaître dans une ville victime de la désindustrialisation et des délocalisations.

We need to talk about Kevin (sept. 2011) de Lynne RAMSAY : une mère dont son fils a massacré sa famille tente de comprendre les raisons et de refaire sa vie. Sans concession ni pathos ni manichéisme. Troublant.

 

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:51

À l'origine destiné à être un essai sur Janusz KORCZACK, le directeur de l'orphelinat du ghetto de Varsovie, les aléas de la création ont fait qu'un autre personnage s'est imposé : le grand-père, nommé Triple B, "remplaçant" du grand-père naturel décédé à Auschwitz en 1942. C'est donc un portrait touchant, mais également l'occasion de partage sur la création littéraire et de magnifiques écrits sur la condition humaine, notamment face à la mort dont voici un extrait :

Il ne s'agit ni d'un mensonge ni d'une duperie. Il n'y a rien de superficiel dans ces apparences. Nous aimons tous penser que nous ne mourrons jamais. Même en temps de paix, nous tentons, par mille réconforts, d'oublier l'issue fatale. Chaque jour nous rééditons l'exploit d'une imbécilité heureuse qui consiste à nous croire éternels. La pensée de notre fin est comme nimbée d'une brume, elle se soustrait à nos yeux, glisse, nous échappe ; et nous gagnons de l'argent, et nous faisons le ménage, et nous cultivons le corps et l'esprit, comme si le progrès constant pouvait nous sauver de la destruction.

Dans le ghetto, la mort est rapide, certaine, voyante. Parce qu'il n'y a pas de cimetière, les cadavres gisent à ciel ouvert plusieurs jours, plusieurs semaines, dans l'attente d'être embarqués sur des charettes à destination d'un charnier. Il est plus difficile que jamais de détourner le regard, de faire comme si.

Janusz Korczak écrit de belles pages sur un bébé mort enveloppé dans du papier. Le paquet est posé sur le trottoir, Korczak l'observe longuement et se demande pourquoi la mère a laissé dépasser les pieds du nourrisson. Il y avait vraisemblablement assez de feuilles pour emballer efficacement le petit corps. Korczak en conclut que cette imperfection est délibérée. La mère a choisi de laisser dépasser les pieds de son bébé, non seulement parce qu'il n'aura plus jamais froid, mais surtout, parce que cela permet aux passants de savoir que ce ballot n'est pas un déchet, un vulgaire tas d'ordures que l'on peut piétiner ou fouiller à la recherche d'un croûton oublié. Ceci est un humain, disent les minusculent orteils. et Korczak voit dans cette ultime attention de la mère pour son enfant, un concentré de respect et de tendresse.

Il sait que ce qui compte dns les pires moments ne se réduit pas à ce que l'on considère communément comme le nécessaire. Quand il n'y a plus à boire ni à manger, quand on ne dort plus, que le jour se fond dans la nuit, il reste encore les histoires, les cérémonies, les spectacles, toutes les choses que beaucoup ont tendance à considérer comme futiles et qui signent pourtant l'appartenance à l'humanité aussi clairement que les dix doigts de pied du bébé de papier.

[...

Dans le récit qu'il nous livre de ses années dans le ghetto de Varsovie, le pianiste et compositeur Wladyslaw Szpilman raconte le départ de Korczak en déportation. C'est l'été 42, les Allemands vident l'étroit quartier où ils ont enfermé les juifs de la ville. Quatre à six mille personnes sont évacuées chaque jour à destination des camps de la morts. Le 06 Août, c'est le tour de "la maison des orphelins". On propose à Korczak de s'enfuir, mais il choisit de demeurer aux côtés de la centaine d'enfants qui lui restent et de la dizaine d'adultes qui s'en occupent. Il sait ce qui les attend, les enfants aussi le savent, à leur manière. Mais jusqu'au bout, ils chantent. Jusqu'à l'entrée des wagons plombés, on leur raconte des histoires ; à l'intérieur aussi, qui sait ?

On leur raconte des histoires, dis-je, et il est facheux qu'en français cette expression signifie parfois "mentir". Il ne s'agit pas de faire croire aux orphelins qu'ils sont en route pour un pays merveilleux où les bonbons poussent sur les branches d'arbres. Ils ne seraient pas dupes et Korcsak le sait mieux que quiconque. On raconte des histoires et on chante parce que, même parqués comme des bestiaux, et jusq'au seuil de l'abattoir, on demeure des humains. c'est une forme de résistance inefficace et sublime, qui ne permet pas de sauver sa peau, mais aide, une fois de plus, à sauvegarder les apparences. Les nazis nous traitent de cancrelats, ils nous voient comme des monstres infestés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés, qu'il convient de détruire afin qu'ils ne contaminent pas les récoltes saines, et nous chantons, et nous disons des vers, nous récitons La Divine Comédie, des fables et des comptines. Cela ne set à rien, car on meurt toujours. Mais l'image reste. L'image d'un convoi d'enfants qui chantent en allant vers la mort et disent "en nous exterminant, c'est vous même que vous tuez" (p70 à 73).

 

Avis de Le Monde des livres et site de l'auteure.

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